Les poids du passé
À Nay, Bordères, Lagos ou Arros, des plateformes de métal et de bois rappellent un temps où tout se pesait. Héritiers d’une époque où l’équité des échanges se mesurait au kilo, ces « ponts à bascule » rythmaient la vie des marchés.

L’histoire des bascules est liée à « l’octroi » : un impôt qui taxait les produits entrant dans les bourgs selon leur poids. Bestiaux, vin, bois, poisson… : rien n’y échappait. Le peseur, désigné par l’adjudicataire du poids public, devait garantir la fiabilité du service. « On n’admettra aux enchères que des personnes d’une moralité, d’une solvabilité et d’une capacité reconnues », précisait ainsi « L’Indépendant des Basses-Pyrénées » le 16 octobre 1908. La commune mettait aux enchères les droits de pesage sur les halles, marchés et bestiaux ; en contrepartie, l’adjudicataire versait une somme fixe et gérait la régie pour le compte public.
Deux bascules à Nay
La ville comptait deux poids publics : l’un, place du Moulin, destiné au bétail ; l’autre, place Marcadieu, réservé aux foires. L’adjudicataire, souvent extérieur à la commune pour éviter les conflits d’intérêts, déléguait au peseur local la gestion des rendez-vous avec les agriculteurs et commerçants. Dans les villages plus modestes, la tâche revenait au garde champêtre.
« On n’admettra aux enchères que des personnes d’une moralité, d’une solvabilité et d’une capacité reconnues »

Le tambour de Bordères
À Bordères, le peseur, tambour en main, annonçait ses tournées. Il inscrivait dans un registre le nom du client, la nature et le poids de la marchandise, le tarif et la valeur totale avant de délivrer un bon officiel. Ce document autorisait le dépôt de la marchandise sur la bascule : une plateforme sur leviers dissimulés sous un tablier. Un système dérivé de la balance romaine, utilisée depuis l’Antiquité. Certains modèles étaient même entourés de barrières amovibles pour contenir les animaux. La pesée pouvait aussi s’effectuer « au chariot » : un premier passage chargé, un second à vide, et la différence faisait foi.
Des témoins encore visibles
Plusieurs communes gardent la trace de ces installations : à Beuste, seul le nom de la place rappelle leur présence ; à Arros-de-Nay, l’enclos d’origine subsiste sur la « place de la bascule » ; à Lagos il reste encore le mécanisme d’époque. Ces outils de mesure, gages de probité commerciale, racontent un temps où la confiance se pesait. Après les charrettes, ils ont accueilli camions, voitures, voire wagonnets. Les agriculteurs y pesaient leurs récoltes avant livraison. Toutefois, avec la suppression de l’octroi en 1943, les poids publics ont peu à peu disparu.
